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LAUREN BACALL : A STAR IS GONE ...

Lauren Bacall, légende d'Hollywood, est morte


Une légende d'Hollywood s'en est allée. Lauren Bacall est décédée mardi à New York à 89 ans. «C'est avec un profond chagrin mais avec beaucoup de gratitude pour sa vie incroyable que nous confirmons le décès de Lauren Bacall», a indiqué mardi soir sa famille. Le site TMZ, spécialisé dans la vie des célébrités, a précisé que l'actrice était décédée chez elle à New York «d'un accident cardio-vasculaire massif». Elle habitait le Dakota, un célèbre immeuble en bordure de Central Park.

Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d'immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l'ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper's Bazaar et quelques photos de mode à l'intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d'ouvreuse et cours d'art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d'auditionner la jeune beauté pour son prochain film,Le Port de l'angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu'elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l'insolence, du défi et de la distance.

Coup de foudre

La future star dispose encore d'un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s'appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l'écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d'or. Comme Vénus sortant de l'onde, Bacall sort de l'ombre.

Un autre Pygmalion l'attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l'actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d'intrigue au Port de l'angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d'insolence du patron de bateau et de l'aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n'avez qu'à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l'avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée.

Bogart divorce pour épouser Bacall en 1945. L'année suivante, Howard Hawks les réunit de nouveau à l'écran dans Le Grand Sommeil. Une histoire de chantage très embrouillée où l'inspecteur Marlowe s'éprend de la superbe Vivian. Ils tourneront encore deux beaux films noirs ensemble, Les Passagers de la nuit de Delmer Daves (1947) et Key Largo de John Huston (1948). Ils auront deux enfants, Stephen, né en 1949, et Leslie, en 1952. Leur amour conjugal fera rêver l'Amérique, jusqu'à la mort d'Humphrey Bogart, emporté par un cancer en 1957. «Avant de le rencontrer, je pensais tomber sur un type plutôt grossier», a raconté Lauren Bacall, qui aurait préféré tourner avec Cary Grant. «J'ignorais qu'il avait une excellente éducation, lisait beaucoup, parlait bien. C'est une chance extraordinaire d'avoir été formée par un homme de son âge, et les amis de sa génération, comme Gregory Peck, David Niven ou Noel Coward, qui avait un esprit fou».

Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d'elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d'emploi qu'elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994).

Une personnalité

Après la mort d'Humphrey Bogart, elle revient vivre à New York, et on la retrouve sur scène à Broadway dans Goodbye Charlie, Fleur de cactus, La Femme de l'annéeou Applause, comédie musicale d'après Eve de Mankiewicz, qui lui vaudra un Tony Award en 1970. L'œuvre est diffusée à la télévision où Lauren Bacall fait aussi carrière, jusqu'à la série des Soprano: elle y tient son propre rôle. Elle ne cessera jamais de travailler au cinéma. Mais duCrime de l'Orient-Express, àDogville etManderlay de Lars von Trier, le cinéma ne lui offrira plus de très grands rôles. Elle restera la star auréolée de son passé légendaire, qui donne de l'éclat à un générique. Et qui continue à faire son métier, sans vaine nostalgie. Sa bravoure et sa franchise la font couper court: «Les jours anciens étaient merveilleux, mais ils sont passés. Occupons-nous d'aujourd'hui.»

Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même(éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d'émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu'elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l'a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J'ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu'une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l'indépendance et les volutes de fumée comme personne.


Ses principaux films:

-»To Have and Have not» (Le port de l'angoisse, 1944), Howard Hawks

-»Confidential Agent» (1945), Herman Shumlin

-»The Big Sleep» (Le grand sommeil, 1946), Howard Hawks

-»Dark Passage (Les passagers de la nuit, 1947), Delmer Daves

-»Key Largo» (1948), John Huston

-»Young Man with a Horn» (La femme aux chimères, 1950), Michael Curtiz

-»Bright Leaf» (le roi du tabac, 1950), Michael Curtiz

-»How to marry a millionaire» (1953), Jean Negulesco

-»Woman's world» (Les femmes mènent le monde, 1954), Jean Negulesco

-»The cobweb» (La toile d'araignée, 1955), Vincente Minnelli

-»Blood Alley» (L'allée sanglante, 1955), William Wellman

-»Written on the wind» (Ecrit sur du vent, 1956), Douglas Sirk

-»Designing woman» (La femme modèle, 1957), Vincente Minnelli

-»The gift of love» (La femme que j'aimais, 1958), Jean Negulesco

-»Shock Treatment» (1964), Denis Sanders

-»Sex and the single girl» (Une vierge sur canapé, 1964), Anthony Quinn

-»Harper» (Détective privé, 1966), Jack Smight

-»Murder on the Orient Express» (Le crime de l'Orient Express, 1974), Sydney Lumet

-»The shootist» (Le dernier des géants, 1976), Don Siegel

-»The fan» (Fanatique, 1981), Edward Bianchi

-»Misery» (1990), Rob Reiner

-»Prêt-à-porter» (1994), Robert Altman

-»Le jour et la nuit» (1997), Bernard-Henri Lévy

-»Dogville» (2003), Lars von Trier

-»Manderlay» (2005), Lars von Trier

-»The Forger» (2012), Lawrence Roeck, son dernier film en tant qu'actrice

Article du Figaro.fr du 13/8/2014


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